Jeremy Dockx raccrocha le récepteur. Il était confus et ne savait quoi penser. Il retourna dans son fauteuil, prit la canette de bière, posée sur la petite table de salon en face de lui et but a longs traits. Il reposa la canette, moitié vide, et regarda l'écran de la télévision.
"Qui c'était?", demanda soudain sa femme, assis dans le fauteuil à côté de lui.
" Le coordinateur des jeunes. Il m'a demandé de devenir délégué des scolaires."
Sa femme n'insista plus, mais Jeremy continua:
" T'as entendu, je lui ai demandé deux jours de réflexion, pendant le week-end. Je l' informerai de ma décision lundi."
"Tu fais ce que tu veux, mais réfléchis bien avant de te lancer dans cette aventure."
Jeremy était conscient de ce qu'une acceptation de la fonction proposée impliquerait. Il aimait la liberté d'expression et il ne s'était jamais gêné de proclamer son opinion publiquement, que cela plaise ou nom. Il était convaincu que seule la vérité pouvait amener à corriger des fautes commises par des responsables, qu'ils agissent dans le monde politique, du sport ou de la vie privée.
Depuis quelque temps, il administrait un site web dans lequel il publiait ses photos et résumés des matchs de l'équipe des scolaires. Malgré l'objectivité recherchée dans ses récits, il n'hésitait pas d'ajouter ses propres analyses ou critiques concernant les événements sportifs, mais aussi de ce qui se passait dans les coulisses du club. S'il accepterait l'offre du coordinateur des jeunes, cette attitude poserait certainement des problèmes. Il n'était pas le type d'homme qui dirait que " c'était blanc" en sachant que "c'était noir" et il détestait les hypocrites.
"Je ne sais pas quoi faire..." Il parlait plutôt pour lui-même et son épouse ne réagissait pas.
Il pensa à Grando Merdaz, l'entraîneur avec qui il travaillerait. Il savait que cet homme autoritaire ne lui inspirait guère de confiance comme "coach" et il n'aimait pas non plus son attitude de "prof". Il avait été éducateur lui-même! Pendant trente ans il n'avait cessé de commander des subordonnées purement militaires, puis des groupes mixtes dès que les femmes ont eu accès à l'armée ainsi que des groupes mixtes militaires civils. Finalement il avait terminé sa carrière militaire comme chef civil d'une cellule d'informatique au sein de l'union Européenne, responsable pour le bon fonctionnement des systèmes informatiques déployés sur tout le territoire des pays du Balkan.
L'expérience lui avait enseigné que le respect se construise, se mérite et est basé sur les liens de confiance qui s'établirent entre chefs et équipiers. Même l'armée a changé son style de commandement. Dès les années nonante cela devint plus humain. La discipline y est basée sur le respect mutuel, le dialogue entre les membres d'équipes et le droit de la parole et de la défense qui furent très vite intégrées dans les règlements de discipline. La psychologie de commandement fut maintenant instruite aux futurs chefs. Jeremy Dockx ignorait encore dans quelle catégorie il mettrait l'entraîneur Grando Merdaz.
Il ne restait plus beaucoup de temps pour se préparer et de débuter dans son nouveau job. Le championnat débuterait la semaine à venir. Que faire?
Il n'était pas un ignorant dans le milieu de football. Il avait occupé un poste de trésorier pendant deux ans et il avait été président des jeunes dans son ancien club qu'il venait de quitter.
Il avait peur. Pas de la fonction, mais il avait peur de lui-même. Il était un visionnaire en matière de la gestion du football des jeunes mais ses idées n'étaient pas toujours appréciées par d'entraîneurs ou des membres hypocrites siégeant dans diverses commissions et comités.
Toutefois son fils faisait part de l'équipe, un argument de poids pour justifier sa décision d'accepter! Il n'y avait aucune avantage financier, mais le délégué recevait toutefois une carte d'entrée pour les matchs de la première.
Il aurait accès aux vestiaires, où il entendrait les premières impressions des joueurs! Cette fonction pourrait aussi être le tremplin vers une fonction plus intéressante. Faire un an l'homme de terrain ne devrait pas être si terrible, malgré son handicap. Il craignait un peu pour son dos! L'arthrose dans le bas de la colonne vertébrale était très douloureuse quand il devrait rester debout. Mais un délégué prendrait place sur le banc d'entraîneur.
Le lundi matin il informait Paris Focus, le coordinateur de jeunes, qu'il accepterait son offre. ...